COMMEMORATION 2004

Ce 60ème anniversaire a été l’occasion de réunir autour de la stèle du résistant André ARBAUD tous ceux qui conservent intact le souvenir des années douloureuses et qui ne veulent pas voir le temps effacer les moments difficiles vécus par les populations dans le Haut Var au cours de cette année 1944.


 

A cet hommage, les associations patriotiques conduites par ANACR


 

et la municipalité de VINON-SUR-VERDON, se sont joints des membres de la famille d’Albert LEOPARDO.

Il était 10H30 le samedi 12 juin 2004 lorsque les participants rangés derrière les drapeaux des associations se sont dirigés vers la stèle de la Résistance située en contrebas de la route de GINASSERVIS.


 

Arrivés au pied de la Stèle, une gerbe a été déposée par monsieur Dominique JOUBERT
Maire de VINON-SUR-VERDON
et
une minute de silence ponctuée par l’hymne national
a honoré la mémoire d’ André ARBAUD

Puis, Monsieur Dominique JOUBERT a, le premier, rappelé les circonstances tragiques de ce 14 juin 1944


 

avant de passer la parole à Monsieur LEOPARDO, arrière-petit-fils d’André ARBAUD, qui a tenu à l’occasion de ce soixantième anniversaire à saluer la mémoire de son aïeul.


 

C’est ensuite à Monsieur Yvon VERNE lui-même résistant qui a partagé avec André ARBAUD cette période douloureuse pour notre région du Haut-Var


 

de prononcer une allocution, empreinte d’une grande émotion à l’évocation des faits. Puis cet homme de conviction a lu pour nous « l’Affiche rouge » d’Aragon poème symbolique de la Résistance
avant que le Chant des Partisans ne vienne clore la cérémonie.


Allocution de M.Yvon Verne

 
60 ans déjà.

Par une belle journée de Juin, le patriote André ARBAUD tombait sous les balles de miliciens de Pétain, tueurs à gages au service des nazis.

60 ans, mais le souvenir de cette terrible journée demeure vivace, pour tous ceux qui ont connu ces années noires et pour ceux, plus jeunes, qui refusent le retour de pareilles ignominies. D’autant plus que les actes de vandalisme commis par les nostalgiques de la francisque et de la croix gammée nous commandent d’être vigilants. Ils s’en prennent aux symboles, mais, si on laissait faire, ils ne tarderaient pas à s’en prendre aux hommes.

En 1943,je rencontrais souvent les responsables résistants de VINON dans le cabanon de Félix MAURRAS, sur l’autre versant de la colline.

Ces camarades m’informèrent qu’un déserteur allemand se cachait dans les bois d’AURIOL, et désirait prendre le maquis.

Ayant reçu l’accord de mes chefs, j’allais le chercher, et, après un bref séjour dans une ferme de GINASSERVIS, il fut admis au maquis, à SAINT-MARTIN, puis à LAMBRUSSE, qui fût par la suite attaqué par les nazis.

Le fameux déserteur, nommé HUGO, dénonça les chefs du maquis, puis tous ceux qui avaient participé à son admission au maquis, moi en particulier.

Le 12 juin 1944, j’échappais par miracle aux nazis et je dois à une brave voisine d’être là, aujourd’hui, parmi vous.


Tout cela pour vous dire que je suis doublement ému par l’assassinat d’André ARBAUD deux jours plus tard.
Et je n’oublierais jamais le sacrifice de ce camarade, âgé de plus de 60 ans, mort pour la France et la Liberté.



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L’Affiche Rouge

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des partisans.


Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit, hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants.


Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écris sous vos photos « morts pour la France »
Et les mornes matins en étaient différents.


Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
« Bonheur à tous, bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand


Adieu la peine et le plaisir adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan


Un grand soleil éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma mélinée o mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant


Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.


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Afin de rapprocher l’événement que nous vivons aujourd’hui avec celui tout aussi douloureux vécu en Italie par l’écrivain résistant

Primo LEVI

rescapé des camps de concentration

qu’il a su traduire dans un poème

que Madame LEOPARDO a opportunément lu à notre intention avant que nous ne nous séparions.


Si c’est un Homme


Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
Et en vous couchant, en vous levant,
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.


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